Les modèles économiques du numérique ouvert

Publié le mardi 11 novembre 2025

Cette ressource s’adresse aux agents et administrations qui souhaitent comprendre les modèles économiques du logiciel libre et savoir les évaluer lorsqu’ils choisissent, utilisent ou financent une solution ouverte. Elle aide à identifier les logiques économiques à l’œuvre et à éviter les écueils liés à certaines pratiques commerciales ou contractuelles.

1. Pourquoi s’intéresser aux modèles économiques du libre ?

Les entreprises du logiciel libre s’appuient sur des modèles économiques différents. Pour une administration, cela demande une attention particulière.

Avant de contribuer, il est important de comprendre les accords de contribution associés à un projet, comme les CLA (Contributor License Agreement) ou les DCO (Developer Certificate of Origin). Ces documents définissent les droits que l’entreprise ou l’organisation détient sur les contributions externes, et la manière dont elles peuvent être réutilisées.

Une vigilance particulière s’impose pour les CLA. Par exemple, Element (protocole Matrix, application Tchap) fait signer un CLA avec une exception à la licence AGPL, lui permettant de revendre sous licence propriétaire du code contribué par des auteurs externes à Element ( (Ouvre une nouvelle fenêtre) article 2 du CLA).

Lorsque vous souhaitez utiliser du logiciel libre dans votre parc d’infrastructure, plusieurs entreprises du libre peuvent répondre à vos différents besoins, chacune avec des modèles différents, qui ne sont pas mutuellement exclusifs.

2. Les principaux modèles économiques du libre

Les exemples présentés ci-dessous illustrent les modèles les plus courants, sans couvrir toutes les variantes existantes.

Pour approfondir le sujet et explorer d’autres approches, vous pouvez consulter :

2.1 Services de déploiement (SaaS / managé)

Certaines entreprises valorisent des logiciels libres à travers une offre SaaS (Software as a Service) : elles proposent un service clé en main hébergé dans le cloud, prenant en charge la maintenance, les mises à jour, et toute la pile logicielle. Ce modèle inclut souvent des garanties de disponibilité (SLA – Service Level Agreement). L’entreprise ne vend pas le code, mais le service associé à son exploitation continue.

2.2 Intégrateur logiciel

L’intégrateur logiciel propose des services complets pour exploiter un logiciel libre sur tout son cycle de vie. Il réemploie le code communautaire existant et accompagne ses clients dans le déploiement de la solution, que ce soit sur site, dans le cloud ou sur des postes de travail.

Il peut aussi personnaliser le logiciel selon les besoins : habillage graphique, ajustements fonctionnels, ajout de modules spécifiques, etc.

Selon la licence du logiciel, l’intégrateur peut être autorisé à ajouter des couches propriétaires si le client le demande. Cependant, cette option va souvent à l’encontre de l’intérêt collectif : elle réduit la mutualisation et l’amélioration partagée du code. Il est donc préférable de publier les ajouts sous licence libre, au bénéfice du client comme de la communauté.

L’intégrateur tire ses revenus de l’intégration, du conseil et de la maintenance applicative du logiciel dans l’environnement de son client.

2.3 Éditeur logiciel

L’éditeur conçoit et distribue un logiciel libre, tout en développant des offres commerciales complémentaires. Trois grands modèles existent :

Le modèle Open Core

Le cœur du logiciel est libre, mais certaines extensions ou outils avancés sont proposés sous licence propriétaire. Exemples : GitLab, Odoo ou Zend.

On parle souvent d’une Community Edition (CE) gratuite et d’une Enterprise Edition (EE) payante.

Le modèle à double licence

Le modèle à double licence consiste à proposer un même code source sous deux licences différentes : généralement une licence libre et une licence propriétaire. L’utilisateur choisit celle qu’il souhaite appliquer.

Ce modèle est souvent utilisé pour proposer à la fois :

  • une licence copyleft garantissant la réciprocité du partage,
  • et une licence commerciale, appréciée des entreprises voulant éviter les contraintes de réciprocité des licences copyleft.

Certains projets évoluent dans le temps :

  1. une licence propriétaire peut devenir libre après un certain délai (licence chronodégradable) ;
  2. une clause de réversibilité peut prévoir qu’en cas de disparition de l’entreprise, le code passe automatiquement sous licence libre.

Attention à ne pas confondre ce modèle avec la coexistence de plusieurs licences dans un même dépôt : par exemple, un code sous GPL-3.0-or-later et une documentation sous FDL-1.3. Dans ce cas, les deux licences s’appliquent selon les éléments concernés.

2.4 L’open source professionnel

L’open source professionnel, selon le terme employé par le (Ouvre une nouvelle fenêtre) CNLL, désigne l’ensemble des services qui permettent à une entreprise de générer des revenus à partir d’un logiciel libre sans en restreindre l’accès.

Ces services peuvent inclure le support technique, la maintenance, la documentation, le conseil, ou encore la formation.

Pour assurer une activité stable, l’entreprise peut proposer des forfaits de support, des garanties de bon fonctionnement ou des assurances juridiques autour de l’usage du logiciel.

2. 5 Openwashing

Le logiciel libre est aujourd’hui largement utilisé, notamment dans les infrastructures et le développement. Parce qu’il est perçu comme plus éthique et transparent, certaines entreprises revendiquent à tort le label open source sans réellement publier de code libre.

C’est ce qu’on appelle l’openwashing, par analogie avec le greenwashing. Le terme (Ouvre une nouvelle fenêtre) fauxpen désigne la même pratique : présenter un logiciel comme ouvert alors qu’il ne respecte pas les principes du libre.

Pour vérifier si un projet est vraiment libre, posez-vous une seule question :

sa licence garantit-elle les (Ouvre une nouvelle fenêtre) quatre libertés fondamentales (étudier, copier, modifier et redistribuer le code) ou respecte-t-elle la (Ouvre une nouvelle fenêtre) définition de l’Open Source Initiative ?

→ Si oui, c’est un logiciel libre.
→ Si non, il ne l’est pas.

L’ (Ouvre une nouvelle fenêtre) OSI maintient une liste officielle des licences reconnues, utile pour vérifier rapidement le statut d’un projet.

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